La république bourgeoise a fini par avoir la peau de la démocratie effective, l’extrême-centre a montré qu’il n’était rien d’autre qu’une extrême-droite, je vis désormais dans un pays qui considère que ma mère n’aurait pas dû être française. J’ai encore échappé à une tentative d’assassinat, je ne sais plus comment qualifier autrement la conduite de chauffards qui tournent sans clignotants ni ralentir ni même regarder la route et s’étonnent que je pose les mains sur leur capot pour éviter d’en rebondir, mais où est le ministre de l’Intérieur ? Nulle part, parce que le spectacle sécuritaire est plus important que la sécurité elle-même.

Soit.

Je me console, on fait comme on peut, en réparant mon casque. Après bientôt une décennie d’utilisation quotidienne, mon Beyerdynamic DT-770 Pro commence à montrer des signes de faiblesse. En voulant changer ses mousses, le premier et souvent dernier point de défaillance de nombreux casques (n’est-ce pas, Apple ?), je me suis rendu compte qu’une glissière avait cassé. Qu’à cela ne tienne : le fabricant allemand vend le casque à la découpe, depuis l’arceau et sa mousse cachant la câblerie interne jusqu’aux hautparleurs, à l’exception — compréhensible — de la coque des oreillettes portant la marque Beyerdynamic.

Mieux encore : les pièces de rechange sont meilleures que les originales. La nouvelle glissière renferme une feuille métallique enserrant une bille de nylon, qui raffermit le réglage en accrochant les dépressions creusées dans l’arceau1, et appuyant contre les parties en plastique, qui devraient mieux encaisser la pression des vis2. C’est à croire que l’on peut améliorer ses produits sans sacrifier la rétrocompatibilité (N’EST-CE PAS, APPLE ?), que l’on peut renouveler le contrat passé avec le client sans le faire cracher au bassinet.

C’est de la bonne écologie, je peux garder mon casque plus longtemps et je n’ai pas l’impression d’être pris pour une machine à sous, et de la bonne économie, je finirai par payer mon casque deux fois et je lorgne quand même sur le DT 700 Pro X encore plus réparable. J’apprécie et je recommande les cafetières et les moulins du fabricant néerlandais Moccamaster pour les mêmes raisons : sa nouvelle verseuse isotherme est plus pratique que l’ancienne, mais reste compatible avec toutes les machines KBGT et peut être achetée séparément, les entreprises respectables sont aussi celles qui respectent leurs clients.

Ici

Clichés

Sur un coup de tête, j’ai acheté un Pentax K1000 pour trois francs six sous. Je ne pensais pas recevoir un exemplaire pratiquement neuf avec sa brochure originale, mon troisième SMC Pentax 50 mm3 et mon premier Takumar 135 mm ƒ/2,5. Je ne compte pas me re-re-remettre sérieusement à la photographie argentique, mais j’ai bien envie de retrouver le plaisir d’utiliser un appareil conçu — et bien conçu — pour un — et un seul — usage.

Mes photos du mois de décembre :

Épisodes

Le mot designer est piégeur, parce qu’il peut décrire un « dessinateur » comme un « concepteur », or l’esthétique du dessin peut nuire à la fluidité de l’usage et la rigueur de la conception peut nuire à l’attrait de l’objet. Que l’on doive utiliser un autre anglicisme pour décrire ces designers de l’écrit que sont les UX writers montre que nous peinons à concevoir des produits numériques conviviaux et ergonomiques. (Arnaud préfère partir en voyage de noces plutôt que d’enregistrer le podcaaast, c’est terrible mais c’est comme ça, alors le prochain épisode sortira en février.)

Notre épisode du mois de décembre :

Lectures

Après la Chine et avant le Japon, je poursuis ma tournée asiatique avec la « fiction réparatrice » coréenne de Hwang Bo-reum. Le sous-titre de la traduction britannique, « le livre coréen qui fait sensation et chaud au cœur », tente de préempter la critique, un effort d’autant plus vain… qu’elle ne représente plus le moindre danger. Puisqu’il fallait couper la viande des petits booktubeurs, je suppose qu’il faut prémâcher la bouillie des bébés booktokeurs.

Mes lectures du mois de décembre :

Ailleurs

Acheter

Je découvre l’existence des câbles USB-C vers 30 broches. Je n’ai aucun doute qu’il s’agit d’un port USB-A déguisé et je serais curieux de savoir d’où sort le connecteur 30 broches, mais puisqu’il me permet de synchroniser mon iPod avec mon MacBook Air sans devoir trouver le seul adaptateur fonctionnant avec le câble original, je ne vais pas me plaindre.

Écouter

Tsuyoshi Yamamoto est à Three Blind Mice ce que Thelonious Monk est à Blue Note, à ceci près qu’il est aussi vivant que Blue Note et que Three Blind Mice est aussi mort que Monk. La chaine de magasins Disc Union a réédité ses premiers disques, qui ne sont pas disponibles en dehors du Japon, alors la parution d’un nouvel album sur les services de streaming est un petit évènement. À 75 ans, il est toujours aussi sémillant et guilleret, un plaisir.

Mais aussi :

Lire

Hasard du calendrier, j’ai réalisé coup sur coup deux entrevues sur les usages créatifs du machine learning. J’essaye de promouvoir les applications qui veulent aider leurs utilisateurs sans prétendre faire les choses à leur place, sans servilité ni naïveté, un équilibre difficile à trouver quand mes confrères sont soit (rarement) bêtement béats soit (souvent) crétinement craintifs. Antidote utilise un grand modèle de langue pour dépasser les limites de son correcteur orthographique, Newzik utilise un générateur de partitions pour doper son système de reconnaissance optique de la musique, ni l’une ni l’autre ne prétend faire le travail à la place de l’utilisateur avec l’interface ésotérique et hermétique d’une fenêtre de chat. Il y a (encore) de l’espoir.

Mais aussi :


  1. Ça « clique » au lieu de glisser. ↩︎

  2. Ça devrait plier au lieu de rompre. ↩︎

  3. Un modèle ƒ/1,7, qui rejoint le ƒ/2 du Pentax P30 avec lequel j’ai appris la photographie et le ƒ/1,4 que j’ai longtemps utilisé avec mon Pentax K10D. ↩︎