De la levure plutôt que du levain

Robin Sloan — Mr. Penumbra’s 24-Hour Bookstore

Farrar, Straus and Giroux 2012 304 pages 978-0374708832

“The typography is beautiful,” Penumbra says, peering in close, holding his glasses up to the Kindle’s screen. “I know that typeface.” “Yeah,” I say, “it’s the default.” I like it, too. “It is a classic. Gerritszoon.” He pauses at that. “We use it on the front of the store. Does this machine ever run out of electricity?” He gives the Kindle a little shake. “The battery’s supposed to last a couple of months. Mine doesn’t.” “I suppose that is a relief.” Penumbra sighs and passes it back to me. “Our books still do not require batteries. But I am no fool. It is a slender advantage.

Gerritszoon est évidemment Garamond, qui n’a pas été gravée par Francesco Griffo, à peine caché derrière Griffo Gerritszoon, même si Claude Garamont s’est inspiré des créations du tailleur d’Aldo Manuzio, et dont la plupart des incarnations modernes dérivent plutôt du « caractère de l’Université » de Jean Jannon, qui donne son nom au héros de Mr. Penumbra’s 24-Hour Bookstore. C’est amusant, mais quelque chose cloche (et pas seulement la typographie du Kindle, qui est atroce, il faut bien le dire).

Les références plus ou moins ésotériques défilent au rythme effréné des péripéties narratives, qui mènent de San Francisco à New York et de New York à Mountain View, et chaque problème trouve immédiatement une solution, qui implique un peu de culture historique (« We call it OK. Old knowledge, OK. ») et beaucoup d’astuce informatique (« Hadoop! I love the sound of it. »). La librairie de Penumbra aurait des allures borgésiennes si Robin Sloan avait eu l’ambition d’écrire un livre aussi intemporel que les codex vitæ qu’elle renferme.

Mais des avantages supposés du langage de programmation Ruby (cinq mentions, réel) aux merveilles accomplies par le « logiciel de simulation de seins » Anatomix (douze mentions, fictif), en passant par la saga de fantasy qui donne la clé de l’intrigue, Robin ne peut s’empêcher de prouver ses états de service de geek traité au Biactol. Écrit cinq ans avant Sourdough, Mr. Penumbra’s 24-Hour Bookstore sacrifie au gout du jour, et cache une mie caoutchouteuse sous une croute craquante. De la levure plutôt que du levain1.

Notes

Ce qui est fascinant venant d’une personne qui était employée par Twitter :

I’d sit at my kitchen table and start scanning help-wanted ads on my laptop, but then a browser tab would blink and I’d get distracted and follow a link to a long magazine article about genetically modified wine grapes. Too long, actually, so I’d add it to my reading list. Then I’d follow another link to a book review. I’d add the review to my reading list, too, then download the first chapter of the book—third in a series about vampire police. Then, help-wanted ads forgotten, I’d retreat to the living room, put my laptop on my belly, and read all day. I had a lot of free time.

Je ne sais pas si c’est une critique ou un souhait :

“Each big idea like that is an operating system upgrade,” she says, smiling. Comfortable territory. “Writers are responsible for some of it. They say Shakespeare invented the internal monologue.” Oh, I am very familiar with the internal monologue. “But I think the writers had their turn,” she says, “and now it’s programmers who get to upgrade the human operating system.”


  1. Cette fois, c’est moi qui ne peux m’en empêcher. ↩︎