Un Staedler Noris 120 HB comme j’en ai usé des dizaines… à la dorure près. Le fer a marqué son impression dans le bois, mais la feuille s’est décollée, sans que cela n’émeuve le « contrôle qualité ». Cela me prive d’un plaisir, celui de voir disparaitre les lettres dorées sous le frottement de mes doigts. Mais il faut croire que cela porte chance, c’est la première fois que je remplis une grille de mots croisés sans la moindre hésitation.

Un Bic Evolution jaune à rayures bleues, qui eut appartenu à ma grand-mère maternelle, cassé en deux. Je ne l’ai jamais vue briser un crayon, ni d’ailleurs utiliser ces affreux bouts de plastique qui se prennent pour des crayons. Était-il déjà amoché, comme furieusement jeté par Steinbeck, quand elle l’a incorporé à son nécessaire de couture ? Cette trace irrégulière m’émeut : elle témoigne d’une double absence. (J’en ai depuis retrouvé un deuxième, taillé presque jusqu’à la gomme bien usée. Huit ans après sa mort, je continue d’apprendre des choses sur ma grand-mère.)

Un 601 produit avant que « Conté » ne soit rebaptisée « Conté à Paris » par son propriétaire suédo-britannique ColArt, j’aurais envie d’être sarcastique, mais la production est toujours assurée à deux pas de Roanne par la Compagnie française des crayons. Ce modèle 2B devait sans doute être destiné à des usages plus créatifs que des ratures en marge de mes lectures, alors j’ai croqué quelques portraits après l’avoir taillé une dernière fois.

Un crayon anthracite à l’extrémité magenta précédée d’une bague argentée, un crayon rouge à l’extrémité noire précédée d’une bague blanche (comme les anciens Conté-Gilbert), compagnons anonymes et fidèles qui valent bien tous les Koh-i-Noor du monde, dit-il sans jamais avoir utilisé de Koh-i-Noor.

Bref, j’ai commencé je continue à remplir une bonbonnière de bouts de crayons.